Essure®, une méthode de contraception irréversible qui fait débat

Cette méthode de contraception féminine est non invasive, rapide et efficace. Parfaite ? Pas vraiment, selon une étude qui s'appuie sur la nécessité de se faire réopérer et les complications liées à son implantation.

 

Vices cachés

La méthode de contraception définitive Essure® a pendant longtemps convaincu et même conquis. Pas d'anesthésie générale pour l'installer, pas d'incision, d'allergies puisque composée de métaux inertes...

La solution semblait parfaite.

Pourtant, depuis quelques années, la colère de ses utilisatrices gronde

En cause les effets indésirables du dispositif : douleurs, hémorragie, migration incontrôlable, perforation des organes, allergies, ...

Des chercheurs américains se sont intéressés à l'objet de la discorde car jusqu'ici, les seules études portant sur la fiabilité et l'efficacité d'Essure® proviennent d'études financées par... son fabricant, Bayer.

 

Une seconde opération souvent nécessaire

 

 

Les chercheurs ont comparé la performance et la fiabilité des deux dispositifs. Pour cela, ils ont travaillé à partir d'informations médicales provenant de la base de données SPARCS (New York State Department of Health Statewide Planning and Research Cooperative System), base rassemblant les dossiers des patients de l'Etat de New York. L'échantillon final se composait de 52.326 femmes s'étant faites stérilisées pour la première fois entre 2005 et 2013 (8.048 via la pose d'Essure®, 44.278 via la ligature des trompes). Les scientifiques ont alors dénombré les complications et troubles apparus pendant les 30 jours suivant l'opération ainsi que la pratique ou non d'une seconde (ou plus) opération dans la première année post-opératoire. La survenue d'une grossesse était également notée. Sur l'ensemble des femmes étudiées, 19,7% développaient des troubles des suites de la pose d'Essure® (anémie, dépression, problèmes cardiaques et rénaux, hypertension...) contre 13% des suites d'une ligature. Surtout, c'est le risque de devoir réopérer qui était particulièrement élevé pour ces utilisatrices du dispositif : il était 10 fois plus grand chez elles. Soit 21 patientes sur 1.000 qui repasseraient par la case opération. Un chiffre que les auteurs estiment significatif et qui représente "une sérieuse menace  pour la sécurité".

 

Le scandale se cantonne pour l'instant aux Etats-Unis... S'exportera-t-il en France, où Essure® sert de contraceptif définitif depuis 2001 ?

 

 

 

 

 

 

 

N'hésitez pas à soutenir les victimes américaines en signant la pétition d'E. Brockovich -------->

Ligature VS Essure®

 

 

En théorie, placer Essure® dans les trompes de Fallope est simple. A l'aide d'une caméra, on dispose un de ces "ressorts" longs de 4 cm environ dans chacune des trompes. Là, ils vont induire une prolifération des tissus qui boucheront le tube en 3 mois et empêcheront donc les ovocytes matures de descendre dans l'utérus en vue d'une fécondation. L'équipe de Jialin Mao a confronté les résultats de cette méthode à une autre : la ligature des trompes. Elle consiste à couper les trompes de Fallope via une incision pratiquée dans l'abdomen, et à les obturer à l'aide de bagues, de colliers ou de bandelettes. Cela sous anesthésie générale. Une méthode décriée car invasive et nécessitant 3-4 jours de repos, ce qui n'est pas le cas de l'implant Essure®, posé sans anesthésie ou sous anesthésie locale.

La bataille Essure®
Autorisé à la vente par l'Europe en 2001, puis par la Food and Drug Association (FDA) américaine un an plus tard, Essure® a été adopté par nombre de femmes. 750.000 d'entre-elles environ le portent, presque partout dans le monde : Amériques, Europe, Australie et Moyen-Orient. Aux USA cependant, de nombreuses plaintes le concernant ont été reçues par la FDA, et une assignation en justice a même été entamée par Michelle Garcia en 2014. Celle-ci, comme la très médiatique Erin Brockovich ont créé des sites qui rassemblent les témoignages de victimes de problèmes causés par Essure®, dont elles font d'ailleurs partie. 

Le seul site d'E. Brockovich rassemble plus de 1000 témoignages.

Source : Sciences et Avenir - Louise Horvath www.sciencesetavenir.fr