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Audrey : "Les Essure, c'est pas sûr !"

« Les Essure, c’est pas sûr ! »,avec la voix des premières publicités télévisuelles, voici la blague de mon mari pour essayer de rire de la situation qui était la nôtre il y a encore pas si longtemps… 

 

En 2014, j’ai pris la décision de me faire poser le dispositif Essure pour une contraception définitive. Deux petits ressorts en métal placés dans les trompes et qui garantissent une stérilisation sans douleur post-opératoire, ni anesthésie générale. C’est mon généraliste qui m’en parle le premier après beaucoup d’échec de contraception et qui trouve ça génial… !!!

 

Avec mon gynécologue, lors d’un rendez-vous où mon mari m’accompagne comme toujours, nous évoquons toutes les possibilités (y compris masculines) de contraception. Je sais que je ne veux plus d’enfant, j’opte donc pour une stérilisation définitive et mon gynécologue m’oriente vers un de ses collègues qui fait ce genre d’intervention.

 

Celui-ci me présente les deux formes de stérilisation de l’époque et évidemment, mon choix se porte sur les Essure, tellement simples à poser...

 

Je choisis même une pose sans anesthésie avec hypnose (ayant tellement de mauvais souvenirs d’anesthésies générales et ayant accouché deux fois sans péridurale, ça ne peut pas être bien terrible ces petits ressorts!). 

 

L’intervention a donc lieu en février 2015, par une journée neigeuse…

 

Rien ne se passe finalement comme prévu...

 

Du retard dans les heures d’intervention, les calmants donnés à mon arrivée matinale qui évidemment ne font plus effet à ma descente au bloc en début d’après-midi, une infirmière anesthésiste censée être formée à l’hypnose qui vous dit en arrivant « vous êtes sûre de ne pas vouloir une anesthésie? » et qui tente de m’hypnotiser en lisant ses feuilles de cours (évidemment ça ne marche pas…), et cette intervention qui dure...

 

Que se passe-t-il ? Finalement, on me sédate et l’intervention prend fin…

 

En fin de journée, avant ma sortie, une interne passe en disant que le médecin a eu du mal à poser l’Essure droit et que pour vérifier la stérilisation, il faudra faire une hystéroscopie au bout de trois mois.

 

Je rentre chez moi, j’ai mal au ventre, je suis complètement vaseuse et je dis à mon mari « J’aurais mieux fait de me couper une jambe le jour où j’ai décidé de faire poser ces trucs... ». Une prémonition ? 

 

Trois mois plus tard, l’hystéroscopie (une vraie partie de plaisir!) montre que la stérilisation est efficace et le chirurgien s’aperçoit bien que l’Essure droit n’est pas en place mais pour lui aucun problème, la trompe devait être bouchée auparavant…Il estime avoir fait le job ! 

 

Pendant 4 ans, à chaque contrôle, les gynécologues s’aperçoivent bien que l’Essure droit n’est pas là mais aucun n’envisage à aucun moment de le chercher…

 

Après cette pose, j’enchaîne les infections vaginales et autres mycoses, mon transit est complètement déréglé, mais évidemment rien à voir avec les Essure… 

Une fatigue s’installe, les insomnies aussi... 

 

En octobre 2017, après un voyage en Andalousie, j’ai une douleur qui débute dans l’épaule gauche… Sûrement le sac à dos qui était trop lourd… Pendant un an, séances de kiné, infiltrations, radios, scanners, spécialistes… rien n’améliore cette petite tendinite qui n’apparait même pas aux examens et qui finit par s’étendre à l’autre épaule, aux cervicales… et à s’associer à un tas de douleurs dans le dos, les hanches, les côtes, les genoux

 

J’ai depuis le départ des doutes sur ces satanés ressorts et je lis le peu d’articles qui sortent sur le sujet. Je vois bien que ça pourrait être la cause de mes problèmes mais les médecins ne semblent pas en faire cas. 

 

En octobre 2018, je retourne voir mon gynécologue et je lui parle de mes douleurs, sans compter mes règles irrégulières (mais c’est normal à mon âge !). Il me dit que rien n’est vraiment avéré avec les Essure, que beaucoup de femmes les ont fait retirer et finalement sans beaucoup de résultat… Il me fait une échographie et voit encore une fois que l’Essure droit n’est pas à sa place...En fin de rendez-vous, il me dit de revenir si je décide de les faire enlever, qu’il n’y a pas de souci, qu’on trouvera le deuxième avant par IRM.

 

Ce même mois, j’ai aussi rendez-vous chez un rhumatologue qui me diagnostique une fibromyalgie, me prescrit des antidépresseurs à visée antalgique et une prise de sang pour dans trois mois. 

 

De mon côté, je suis toujours le combat de R.E.S.I.S.T. et je m’aperçois que les implants ont été interdits de pose en France et que petit à petit, un protocole se met en place. 

 

Lors de ma prise de sang au bout des trois mois, on s’aperçoit que ma thyroïde est déréglée, alors que personne n’a de souci dans la famille…  

En début d’année 2019, je décide que ça suffit, j’adhère à R.E.S.I.S.T., j’imprime les documents destinés à une discussion avec les médecins et je commence à songer à un retrait…

 

Mon rhumatologue est finalement très à l’écoute, un ostéopathe me dit qu’effectivement, il sent un problème lié au métal dans mon corps et un rendez-vous téléphonique avec RESIST finit de me convaincre. Sur les conseils de RESIST (mise en relation), je contacte un chirurgien-gynécologue réputé pour ses prises de position en faveur du retrait des Essure et pour son fort taux de réussite sans casse. 

 

A ce moment-là, je suis sous traitement antidépresseur à fin antalgique pour ma « fibromyalgie » mais les douleurs sont de plus en plus handicapantes, je suis très fatiguée, j’ai l’impression d’être une mamie à chaque fois que je me lève ou je m’assoie, je tombe parfois car mon genou et ma hanche gauche se bloquent, m’asseoir par terre est devenu impossible, porter des choses lourdes aussi… 

 

La rencontre avec le chirurgien est déterminante. La première question qu’il me pose est très simple : « pouvez-vous porter des boucles d’oreilles en toc ? » Evidemment, non, depuis toute petite, je ne peux porter que de l’or…

 

Pour lui, c’est simple, je suis allergique aux métaux des ressorts. Sans compter un utérus anormalement gros, des adénomyoses, et cet implant droit dont on ignore toujours l’emplacement. Pour lui, l’urgence est de localiser cet implant et de demander mon compte-rendu opératoire de pose.

 

Il me raconte des histoires abracadabrantes où des femmes avaient jusqu’à 6 implants un peu partout dans le corps avec des risques de perforation plus ou moins élevés… 

 

Le scanner révèle un implant cassé qui est sorti de l’utérus et navigue dans le péritoine près du colon…Il s’agira donc d’une intervention à 4 mains pour retirer tout ça : le gynécologue pour enlever l’utérus et un chirurgien viscéral pour récupérer l’implant dans le péritoine… 

 

Le 4 juin 2019, l’opération a lieu. Tout se passe au mieux. Moi qui avais peur des anesthésies générales, je me réveille comme une fleur. Le chirurgien viscéral me confie le soir avoir eu de fortes suées car l’implant avait encore migré et se cachait finalement sous un morceau de l’intestin.

 

Le gynécologue me montre des photos des implants enlevés...il me dit que d’ailleurs l’implant droit n’a jamais été à sa place, me montrant la photo d’une trompe absolument intacte… 

 

Me voici donc deux mois après l’intervention...

 

Les suites chirurgicales se sont passées on ne peut mieux, ma récupération a été très rapide, au final peu de douleurs alors que j’appréhendais énormément cette hystérectomie. Pour mes autres douleurs, beaucoup ont complètement disparu, d’autres sont encore là mais beaucoup moins fortes, je peux me lever d’une chaise sans souffrir et m’asseoir par terre...

 

Mon rhumatologue constate une amélioration de ma fibromyalgie et envisage l’arrêt des antidépresseurs dans trois mois... 

Les gens me trouvent une mine resplendissante… 

Il faut à présent laisser du temps au temps, être patiente et penser à la suite…

 

Le gynécologue, expert auprès des tribunaux, m’encourage à poursuivre le médecin qui a posé les Essure (défaut de diagnostic vis à vis de l’allergie, défaut de pose…)...  

Pour l’instant, je suis simplement contente de moins souffrir et me réjouis de penser que ces petits ressorts métalliques ne sont plus qu’un mauvais souvenir…