L’errance médicale désigne le parcours long et éprouvant de patientes et patients qui peinent à obtenir un diagnostic clair et une prise en charge adaptée, malgré des symptômes bien réels. En France, près d’une personne sur deux déclare avoir déjà vécu une situation d’errance médicale, avec une surreprésentation des femmes.
L’errance médicale correspond à une période prolongée durant laquelle une personne consulte plusieurs médecins, passe des examens répétitifs, sans obtenir de diagnostic précis ni de traitement réellement efficace. Ce phénomène survient souvent lorsque les symptômes sont atypiques, complexes, mal compris ou minimisés, et qu’aucun professionnel ne parvient à coordonner le parcours de soins.
Selon des études récentes, près de la moitié des français·es déclarent avoir déjà connu une phase d’errance médicale, marquée par l’angoisse, la frustration et un sentiment d’abandon. Les femmes y sont particulièrement exposées : elles sont plus nombreuses que les hommes à rapporter ce type d’expérience, tout comme les personnes vivant dans les fameux « déserts médicaux » (le plus souvent les zones rurales), où l’accès aux soins est encore plus difficile.
Le cas des femmes illustre de manière flagrante les dérives de l’errance médicale. De nombreuses pathologies féminines, comme l’endométriose, les troubles hormonaux ou certaines douleurs chroniques, restent longtemps non diagnostiquées ou banalisées. Pour l’endométriose, le délai moyen de diagnostic est encore estimé entre 6 et 12 ans, avec des années de souffrances ignorées ou attribuées à un « stress » ou à une « faible tolérance à la douleur »…
Pour ce qui concerne Essure®, l’obtention d’un diagnostic est encore plus flou : les symptômes divers étant souvent hors de la sphère gynécologique et sans lien apparent, l’intoxication aux métaux lourds ne faisant pas partie des idées premières, l’inflammation ou les allergies ne sont pas toujours testées...
Des milliers de femmes porteuses ou explantées de ce dispositif de contraception définitive décrivent des années d’errance médicale : douleurs diffuses, fatigue extrême, troubles articulaires, neurologiques ou gynécologiques, trop souvent minimisés ou attribués au stress, à l’âge ou à la ménopause. Lesquels symptômes conduisent les patientes de généraliste en neurologue, psychiatre, rhumatologue, ORL, gastroentérologue, interniste, kinésithérapeutes, etc.
Faute d’information complète des soignants sur les risques de cette contraception tubaire (insérée dans les trompes de Fallope), beaucoup enchaînent consultations, examens et diagnostics contradictoires avant qu’un lien ne soit enfin fait avec l’implant, parfois au moment de l’explantation.
Cette errance s’enracine dans un mode structurel en santé : pendant des décennies, la recherche médicale s’est construite principalement à partir du corps masculin. Les femmes ont longtemps été sous-représentées voire exclues dans les essais cliniques, ce qui a retardé la connaissance des spécificités féminines en matière de symptômes, de réponses aux traitements et d’effets secondaires.
Cela se traduit par des diagnostics plus tardifs, des traitements inadaptés et un risque accru de complications, d’invalidité, voire de mortalité pour les femmes.
L’errance médicale ne se limite pas à un retard de diagnostic : elle a un profond impact sur la santé physique, psychologique, sociale et économique des personnes concernées.
Sur le plan physique, une absence de prise en charge adaptée laisse évoluer des maladies qui deviennent plus difficiles à traiter, plus douloureuses ou plus invalidantes avec le temps.
Sur le plan psychologique, l’errance entraîne un sentiment d’incompréhension, de culpabilité et de perte de confiance dans le système de soins. Beaucoup de patientes se sentent renvoyées à une supposée fragilité émotionnelle quand elles expriment leur douleur, ce qui est particulièrement vrai pour les femmes dont les symptômes sont souvent attribués à l’anxiété ou à la dépression (fatigue chronique, notamment).
Les conséquences sociales et économiques sont également majeures : arrêts de travail répétés, perte d’emploi, précarisation et dépenses de santé importantes pour multiplier consultations et examens. Épuisées, certaines se tournent vers des médecines alternatives, non par conviction au départ, mais par manque de réponses dans le parcours conventionnel.
Deux terrains illustrent particulièrement l’errance médicale : les maladies rares et les pathologies gynécologiques comme l’endométriose. Les maladies rares concernent plus de 3 millions de personnes en France, avec plus de 7 000 pathologies recensées, souvent sans traitement curatif et avec des diagnostics posés après des années de recherches. Là encore, les patientes multiplient les consultations avant que la bonne hypothèse ne soit enfin envisagée.
Pour l’endométriose, la banalisation de la douleur menstruelle, les tabous autour des règles et le manque de formation des professionnels expliquent en partie le retard diagnostique, estimé à environ sept ans en moyenne. Nous avons à peu près toutes entendu que « les règles, ça fait mal », normalisant nos douleurs parfois intenses voire insupportables, disqualifiant notre difficulté, et retardant une exploration pourtant nécessaire.
L’ampleur de l’errance médicale en fait un véritable enjeu de santé publique. Près d’un Français sur deux concerné, des délais de plusieurs mois, voire années, pour obtenir un diagnostic, et des conséquences lourdes sur la qualité de vie : le phénomène dépasse largement les cas individuels. Il pèse aussi sur le système de santé, en multipliant les consultations, les examens inutiles et les hospitalisations évitables.
Du côté des femmes, ces retards de diagnostic se traduisent par une aggravation des inégalités de genre en santé : plus de douleurs, plus de séquelles, plus de risques, alors même qu’elles consultent en moyenne davantage que les hommes. La non-reconnaissance des spécificités féminines dans la recherche, l’enseignement et la pratique clinique alimente un cercle vicieux d’invisibilisation et d’errance.
L’association R.E.S.I.S.T. recense des milliers de victimes et accompagne les femmes dans ce parcours : information, entraide, orientation vers des professionnels formés et soutien dans les démarches médicales et juridiques.
Sources
https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-scandale-sanitaire-les-femmes-laissees-pour-compte-par-la-medecine-n149628/
https://educationsante.be/sexisme-en-sante-briser-le-statu-quo/
https://www.caducee.net/actualite-medicale/16539/un-francais-sur-deux-concerne-par-l-errance-medicale-quelles-solutions.html
https://fondationrechercheaphp.fr/sante-des-femmes-un-enjeu-de-sante-publique-majeur/
https://lejournal.cnrs.fr/articles/sante-des-femmes-le-grand-oubli
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/errance-medicale-de-longues-annees-pour-poser-un-diagnostic_182910
https://www.senat.fr/questions/base/2022/qSEQ220902849.html
https://www.senat.fr/questions/base/2020/qSEQ201118918.html
https://www.senat.fr/questions/base/2017/qSEQ170700539.html